Avr 01

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Dans les conflits, le plus sceptique a toujours cru que les négociations sont des moyens d’aboutissement à la paix, des moyens pour faire entendre raisons aux insurgés, d’enseignement au patriotisme, d’emmener les rebelles à aimer la vie humaine, de respect des lois nationales et faire confiance au règlement pacifique des différends. Que niet, ces croyances doivent maintenant cesser car les dés sont pipés d’avance et il faut seulement penser aux stratégies pour parvenir aux objectifs préalablement définis. Quelques années en arrière, les coups aboutissaient aux objectifs immédiats, c’est-à-dire, le gouvernement est renversé, le pouvoir est pris par force, souvent on assiste aux assassinats politiques. Renverser le pouvoir en place par l’utilisation d’une position irrégulière à celle de la l’armée nationale en faisant recours aux armes. Les donnes ont changées. On renonce aux assassinats politiques aux profits des menaces et d’intimidations, mais cela n’est pas exhaustif et tout dépends des enjeux du terrain qui engagent aussi l’irresponsabilité des autres.
La négociation est un processus de communication et d’échanges, la recherche d’un accord, centrée sur des intérêts matériels ou des enjeux quantifiables entre deux ou plusieurs interlocuteurs dans un temps limité et dont l’objectif est généralement la résolution d’un problème ou d’une question faisant l’objet d’un différend. Cette recherche d’accord implique la confrontation d’intérêts incompatibles sur divers points que chaque interlocuteur va tenter de rendre compatibles par un jeu de concessions mutuelles. Elle peut aboutir à un échec ou à un accord. Dans ce dernier cas, une négociation qui se déroule en mode coopératif conduit généralement à un accord dans lequel les deux parties s’estiment gagnantes (gagnant-gagnant). En revanche, si la négociation se déroule en mode compétitif ou distributif, l’accord risque d’être gagnant-perdant et instable, voire perdant-perdant.
Dans le cadre de conflit armé, la négociation se déroule toujours en mode compétitif ou distributif pour traduire les défenses des intérêts enjeux des uns par rapport des autres.
Pourquoi les négociations après un putsch ?
Il y a demande de négociation lorsque l’un des deux belligérants se trouve affaibli. Mais les relations internationales entre les pays peuvent s’exercer pour obtenir un cessez-le-feu suivi de négociation. Le gouvernement attaqué peut demander une négociation quand son armée est affaiblie et se doit donc d’être à la recherche d’approvisionnement en armes, recrutement des combattants aptes à défendre la nation, recherche d’alliers. Quand aux putschistes, ils demandent négociation quand ils subissent de lourdes pertes (humaines et matérielles), donc recherche d’approvisionnement en armes et recrutement des mercenaires, recherche d’appuis diplomatiques. Les appuis extérieurs des putschistes peuvent également demander une négociation quand ils sentent la défaite de leurs mercenaires.
De toute façon aucun coup ne peut réussir sans l’avale des partenaires extérieurs.
Comment la négociation parachève un coup ?
Toute négociation précède toujours de l’une des conditions susmentionnées. Trois moyens stratégiques sont mis exergues pour parachever le coup de façon pacifique. De toute façon, le pays est déjà agressé, tout aboutissement négocié serait mieux.
1/ Le moyen diplomatique: Avant et aux cours des négociations, l’objectif principal est de convaincre les partenaires proches ou lointains à abandonner tout soutien au gouvernement attaqué. Parfois elle se fait aux moyens de corruption, de renforcement de des relations bilatérales, et même d’intimidation. C’est la stratégie d’isolement ou la carte d’hypocrisie est jouée au rythme de jour et de la nuit.
En Afrique de l’Ouest, les Chefs d’Etat ont été sonnés de cesser tout soutien à Laurent Gbagbo (Cote d’Ivoire), en revanche leurs dettes ont été revues par le gouvernement français. Pour la Libye, Sarkozy avait ouvertement menacé de mort les chefs d’Etat qui s’embarquaient pour soutenir le General Kadhafi. On fait faire des déclarations communes aux pays musulmans voisins de la Syrie pour demander à El Asad Bachar de quitter le pouvoir. En Centrafrique de Bozizié, Bongo a été percuté pour conduire des assisses tronquées dites de Libreville. La visite à Benghazi du sénégalais Abdoulaye Wade, premier chef d’Etat étranger à se rendre dans le fief de la rébellion, d’où il avait demandé au colonel Kadhafi de quitter le pouvoir alors que le Sénégal recevait des appuis budgétaires annuels de la Libye. Cela dit, ce l’occident a mis dans la balance pesait bien plus lourd que celui de Kadhafi.
2/ Les moyens politico-financiers : Tous les moyens politiques et financiers sont accordés aux rebelles d’abord de manière officieuse puis de manière officielle lorsque qu’il y a plus d’issue souterraine. Le gouvernement (légal) attaqué est percuté d’accepter l’entrée des rebelles dans son gouvernement où des postes stratégiques sont attribués aux rebelles. Mais le plus aberrant c’est lorsque les mêmes rebelles exercent un autre pouvoir à part entière dans leur zone de commande. Des moyens financiers colossaux sont mis à leur disposition pour mieux les préparer aux assauts finaux.
Un coup nécessite des moyens financiers énormes. Aucun pays ne peut entreprendre une telle aventure seul. Seuls les Agences de Notation qui dominent les banques et qui n’ont aucun état d’âme peuvent vraiment prendre l’initiative avec l’avale d’un pays étranger financièrement puissant à même de couvrir partiellement les pertes en cas d’échec. Pour la seule Syrie des pays comme l’Italie (300 à 400 millions d’euros aux rebelles, sous forme de prêts et de carburant), le Koweït (124 millions d’euros), la France (12 millions d’euros), les USA (30 millions de dollars pour l’aide humanitaire et pas moins de 15 millions de dollars destinés à l’opposition civile), l’Arabie saoudite et le Qatar dépensent pour leur part des millions de dollars chaque mois pour soutenir la rébellion, sont financièrement acceptables. Pour la Libye, le gel des avoirs libyens évalués à plus de 30 milliards de dollars dont la moitié aux Etats-Unis a été décidé par Union Européenne et les USA. Pour sa part, la France apporte 290 millions d’euros appartenant à la Banque centrale libyenne et qui avaient été gelés dans le cadre des sanctions financières contre le régime. En Cote d’Ivoire, bien que le pouvoir français ait délibérément refusé de dévoiler le cout de sa guerre on note néanmoins qu’en plaine guerre elle débloque 400 millions d’euros en Avril 2011. Cet argent avait été utilisé bien avant mais pour des questions de transparence, on prend soin d’en publier en Avril.
3/ Les moyens militaires : Pendant les assisses, les rebelles reçoivent des allies des soutiens militaires. Approvisionnement en armes, recrutement des mercenaires, formations adéquates, préparations intensifiées tandis que le bureaucrate rebelle exerce le pouvoir politique. Les armes de guerre de tout genre sont offertes pour des essais moyennant de forte somme d’argent.

Le pouvoir attaqué aura fait des dizaines des concessions creusant ainsi sa propre tombe sous une pression indéterminable. Il s’affaibli au moyen de la corruption, les plus caciques du pouvoir abandonnent le pouvoir d’état au profit de leur fortunes illicites. Ainsi les négociations sont des gain-temps pour mieux affaiblir les gouvernements afin de mieux les abattre
Certains Etats sont liés à de certains accords de défense les empêchant d’assoir une armée nationale avec des moyens adéquats. La seule raison est de la rendre vulnérable à toute insurrection. C’est pourquoi, du haut de cette tribune, je voudrais solennellement demander aux Etats du monde entier et particulièrement aux Etats Africains de se débarrasser des dupes accords de défense et de bâtir une armée nationale avec des moyens nationaux. Et enfin, de ne plus jamais céder pour des négociations en cas de crise politico-militaire. Il est préférable se résoudre les différends au plan national et non international ou tout simplement débarrassez-vous de vos rebelles car les rebelles, ca se matte comme disait l’autre.

écrit par ALAIN BENIE BI \\ tags: , , , , , , ,

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